Editos


Film

Quinze ans pour un festival, c’est pas mal. A cet âge, c’est un grand garçon avec des assises solides, une structure en béton, une équipe rodée et une reconnaissance établie. Malheureusement, le LUFF reste majoritairement mené par des bénévoles et ne parvient que petit à petit à se professionnaliser. «Il va encore nous faire son Caliméro» se disent déjà certains. Eh bien oui. Toujours jamais content, c’est un peu notre motto, notre mojo, c’est l’huile du moteur qui nous fait avancer, c’est le lubrifiant qui nous fait glisser à la façon d’un surf sur une vague sinueuse de décadences joyeuses vers un pays de merveilles visuelles et sonores. Telle une Alice en pleine puberté, le LUFF explore, expérimente, teste, se vautre, prend des baffes, des gnons et des coups de boule… Ce ne sont certainement pas nos invités qui vont nous passer la pommade, puisque leurs trucs à eux, c’est de bousiller la pellicule, d’exploiter des sonorités inavouables et de nous flinguer les neurones. Mais qu’est-ce qui fait qu’on existe encore en montrant l’invendable? Qu’est-ce qui fait qu’un MUFF Marseillais voit le jour malgré les fermetures de salles successives et la lobotomie globalisée? Il y a quelque chose d’une nécessité absolue, d’une rage au bide, un besoin bestial ou enfantin de renverser une vapeur formatée. On l’a vu à Hong Kong et Macao où le LUFF s’est associé au festival Kill the Silence en mai dernier. On le découvre avec le néerlandais BUTFF —représenté chez nous par le juré Alex Diehl— pour qui le LUFF fut une étincelle nécessaire à sa naissance. Ces événements sont mus par des énergies alimentées à l’anticonformisme et au désir d’explorations de nouvelles pistes. Les mêmes énergies, après tout, qui ont nourris les pionniers Yasunao Tone, fondateur de Fluxus au Japon et frondeur de musique improvisée, ou Wakefield Poole, qui révolutionna le cinéma X pour l’élever au rang d’expression artistique. Deux incontournables de cette édition 2016. L’important maintenant est de ne jamais baisser la garde sur notre exigence de qualité, de mélange des générations et des genres subversifs. «Force et courage», comme dit l’autre.

Julien Bodivit, directeur artistique Film

Music

Malentendus: —Me suis-je bien fait comprendre ? se demande l’autre au centre de l’attention du public. —Pas sûr d’avoir compris où ce zikos ou bruitiste voulait en venir.— Y a-t-il quelque chose à comprendre? Lacan ou Thévoz diraient que chacun se décharge sur l’autre… la responsabilité du sens… et que le sens toujours échappe… et c’est ça qui est productif. Mais productif de quoi? D’un pet dans l’eau. Inutile et si bon. Un long pet de quatre jours par an depuis quinze ans. Un pet noise et, ah bon?, parfois fécond. Bob Bellerue, qui ouvre le samedi, parle de libération expérimentale. Il y a de ça. Des politiques et esthétiques de la découverte. Découverte du sonore (qui n’est jamais que sonore), découverte d’usages inédits, mais surtout découverte de possibles: bordel, mais on peut faire ça? C’est une blague, non?

Cette édition musicale du LUFF est dédiée à la mémoire de Daniel Buess.

Thibault Walter, directeur artistique Music